Voyage à Madagascar

 

 

Vivian E. attend et prépare son voyage à Madagascar depuis six mois. Quand commence-t-il ce fameux voyage ? Dans le vol 747 qui le dépose à Antananarivo, dans la quête d’un taxi , les opérations de change, les sollicitations pressantes des vendeurs de rue ? Peut-être, est-ce dans les premiers face à face avec les mendiants de Tana, les Quatre Amis*. Ou encore, au moment de franchir la porte de la première chambre d'hôtel où il s'installe pour une nuit, du premier repas de ro* pris dans cet autre pays. Plus tard, sans doute, quand au bout de dix heures pénibles de route dans un taxi-brousse les dermes échauffés, les crampes aux jambes, il criera grâce et atteindra un ailleurs imaginé où le gris n’existe que dans des mauvaises photos en noir et blanc… A quel moment commence ce voyage ? Il ne sait. Peut-être à l'instant magique qui oblitérera tous les pourquoi de ce périple. Il lui faut être patient, 1’émotion viendra certainement secouer son âme de vieux voyageur et solliciter son œil de photographe.

L’idée que tout cela n’est qu’une parenthèse, un sursis sans doute , une futile prétention de ralentir la course rapide du temps le déconcerte

En avançant, on perd sa grand-mère…
En reculant, on perd son grand-père.*
En restant clouer au milieu du passage,
On se fait écraser par son frère de sang.*

Il doit aussi, bousculer les habitudes absurdes, supprimer les obligations vaines, les désirs usés, chasser les gris taggés du vieux continent européen. Le soleil se lèvera alors sur les terres rouges, les maisons ocre et les vertes rizières d’Antanarivo et tout commencera au pays unique des mille cieux changeants.

   

Valiha : genre de cithare en bambou.
*Quatre Amis : vient soit de quatre-mis (quatre-murs) désignant les sans-abri
ou bien de quatre M, initiales de quatre mots signifiant mendiants, voleurs,
*Ro : herbes et feuilles cuites à l’eau.
*Hainteny : proverbe maIgache.
*prorerbe d’origine inconnue, attribué injustement à J.-C.