extraits de journal – 2002/2004 chacun – l’autre et soi – comme une part de quelque chose que nous ne soupçonnons pas : ce vers quoi tendre en peinture l’instant où la vie se concentre à l’extrême, vie en dehors de la vie, de l’autre côté du mur puiser dans la mémoire de la terre, celle du corps si la feuille blanche est espace inhumain, la toile peinte devient, innocence à jamais perdue - chaque coup de pinceau : acte ajouté à l’acte, faute ajoutée à la faute - avancer, trébucher, se tromper, tenter de réparer - toujours vers un point de non retour, dans un cheminement vers l’autre, vers soi terrible de s’embarquer, naviguer dans une toile, quand la peinture est de haute mer le sens inonde le geste de peindre voile éperdue d’un horizon déchiré peinture où le tumulte est l’outil, le tunnel l’outil même où creuse le burin cheminer là où il n’y a pas de chemin je ne crois pas au bonheur voulu : teinté d’une odeur de mort et de catastrophe tapies dans un coin obscur se laisser engendrer par ce que l’on peint assaillir la toile, s’y heurter, la transpercer si la peinture fait avancer, elle ne peut s’en tenir à la face ensoleillée du monde la peinture est un trou du fond duquel je tente de me hisser toujours une forme tente d’affleurer, fragmentaire, multiple, son espace d’enfermement espace de liberté le temps a le visage de l’eau – peindre cette noyade, ce temps accumulé, irréversible, insaisissable comme des océans la terre, la page, le drap des décalages, des ouvertures : lignes brisées ou ruptures faites de couches successives ; si l’arrière est noué, ouvrir en avant, si l’avant est inextricable, le fond apporte la respiration collages : trouver la frontière, la jointure, une coexistence possible entre ce qui est et ce qui est à venir « somebody somewhere » : visages de personne, nulle part, ou quelqu’un quelque part ? peinture toujours à faire, celle qui toujours s’éloigne, se dérobe Anne-Marie Cutolo |