| La suite des 18 peintures sur papier de Alfredo Echazaretta, exposée par la galerie Marlborough à Santiago du Chili en 2004 est directement inspirée par le tableau monumental (491 x 716 cm) de Géricault, daté de 1819 que l'on peut voir au musée du Louvre Le radeau de la Méduse .
Géricault relate dans son tableau, le naufrage de la Méduse, fait dramatique de son époque . L'histoire est connue car elle fit scandale et prit une dimension politique importante.
C'est le 2 juillet 1816 que la Méduse, navire transportant le colonel Schmaltz, nouveau gouverneur du Sénégal, et sa suite, fit naufrage sur le banc d'Arguin, au large des côtes de Mauritanie.
"la Méduse" avait été désignée pour transporter le nouveau gouverneur, sa famille, ses troupes, ses finances et le matériel.
Cette expédition était commandée par Duroy de Chaumarey, officier sans aucune expérience qui navait pas navigué depuis plus de vingt ans.
La flottille qui appareille le 17 juin, est également composée de la corvette "lEcho", de la flûte "la Loire" et du brick "lArgus". "La Méduse" embarque à bord plus de 400 passagers.
Très rapidement, et en dépit du bon sens, "la Méduse" et "l'Echo" nattendent pas les deux autres navires de la division du Sénégal.
"La Méduse" n'a, à son bord, que six canots de sauvetage.
Les causes du naufrage (notes du capitaine) :
"Dans la nuit du 1er au 2 juillet, la corvette l'Echo qui avait toujours fait route avec nous, fit plusieurs signaux de nuit avec des falots, pour nous prévenir que nous allions trop près de la terre. L'officier qui était de quart ne les comprit pas ou ne voulut pas les comprendre, car ces Messieurs se croient trop instruits et incapables de commettre aucune erreur, mais malheureusement ils se trompent souvent, c'est ce qui nous arriva."
Le 2 juillet, l'inévitable se produit : toutes voiles dehors, "la Méduse" s'enfonce profondément dans les sables du banc d'Arguin, échouée, pour comble de honte, par beau temps et marée haute.
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Après plusieurs essais infructueux pour dégager la frégate, l'ordre d'évacuer le navire est donné le 5 juillet par les officiers qui montrent encore leur incompétence. En effet, alors que les gradés s'installent confortablement dans les chaloupes qu'ils se sont réservées, cent cinquante marins et passagers s'entassent sur un radeau construit depuis la veille. Par manque de place, dix-sept personnes sont abandonnées sur la Méduse (trois hommes seront retrouvés vivants et à moitié fous, cinquante-deux jours plus tard !).. Pire encore : alors que le plan d'évacuation prévoit le remorquage du radeau par les chaloupes, les occupants de ces dernières, après quelques moments de navigation, coupent les cordes et abandonnent les naufragés du radeau à leur triste sort.
Le calvaire des passagers du radeau qui va durer douze jours peut alors commencer.
La partie des mémoires du capitaine Dupont qui relate cet épisode devient plus obscure. Comme ses compagnons, il doit faire face au mauvais temps, à la faim, à la soif, au désespoir et si des scènes de cannibalisme sont sans doute commises, on comprend ses réticences à se les remémorer.
"Le 7," écrit-il, "je repris connaissance et en ouvrant les yeux j'aperçut un matelot qui me coupait le pied. Je n'avais pas la force de le retirer, cependant je lui demandai ce qu'il faisait. Il me répondit qu'il croyait couper le radeau. Je m'aperçut de suite que ce malheureux avait perdu la tête.... Je jetai aussi un regard tout autour de moi et je fus bien surpris de ne voir presque plus personne. Je pensai qu'il était mort beaucoup de monde dans cette nuit affreuse, mais je ne savais pas encore ce qui s'était passé et suis resté longtemps sans le savoir. Aujourd'hui même, je ne sais pas encore la vérité sur cette terrible nuit."
Que se passa-t-il pendant ces terribles douze jours de dérive ?
Deux nuits consécutives la tempête fit rage, emportant les hommes qui s'accrochaient les uns aux autres. Au milieu de cette horreur, des soldats s'enivrèrent et, pris de désespoir, voulurent détruire le radeau en coupant les cordes qui le tenaient assemblé. De sauvages bagarres se déclenchèrent et les mutins furent jetés à la mer.
Il restait, le troisième jour, soixante personnes qui avaient encore de l'eau jusqu'aux genoux et que la faim et la soif commencèrent à faire délirer.
Ne pouvant se satisfaire de mâcher le cuir des baudriers et des chapeaux, on en vint à manger des morceaux de cadavre. On finit par les mettre à sécher pour surmonter le dégoût.
Le quatrième jour on jeta tous les cadavres sauf un qu'on garda pour le manger.
Certains firent une conspiration pour fuir avec un sac de richesses sauvé du naufrage en construisant à partir du radeau une petite embarcation. Nouvelle bagarre, nouveaux blessés souffrant le martyre avec l'eau salée qui noyait leurs plaies.
Le septième jour, on jeta à l'eau les blessés qui n'avaient plus aucune chance de survie. Un papillon blanc vint voleter autour du mât, ce qui leur fit penser que la terre n'était pas loin. Certains voulurent quitter le radeau mais durent y renoncer. Ils souffraient d'une soif affreuse et essayaient tout pour l'apaiser.
Le dixième jour plusieurs tentèrent de se suicider. Le treizième jour enfin, un bateau parut à l'horizon mais ne vit pas les signaux des malheureux. Pris de désespoir, ils entreprirent de rédiger un message à l'abri d'une toile tendue pour les protéger de l'ardeur du soleil tropical. C'est alors qu'un marin parti vers l'avant découvrit "l'Argus" à une demi-lieue. Quinze naufragés sur cent cinquante furent sauvés.
"Je me rappelle avoir vu un de mes sergents rendre le dernier soupir", écrit le capitaine Dupont. "Je ne le plaignais point, au contraire j'enviais son sort". Puis il ajoute : "notre plus grande souffrance était la soif. Beaucoup d'hommes buvaient de l'eau de mer, ils buvaient aussi de leur urine. Moi," ajoute-t-il avec un brin d'humour, "j'ai moins souffert que les autres par l'habitude que j'ai prise de ne boire qu'à l'heure des repas..."
Le 17 juillet au matin, le maître canonnier de la frégate qui venait de se lever aperçoit une voile et alerte ses compagnons : "Navire sur nous !" . "A ces mots," poursuit le capitaine Dupont, "tout le monde fut bientôt debout. Nous reconnûmes de suite que c'était le brick "l'Argus". Il avait mis son pavillon blanc au mât de misaine pour nous le faire apercevoir et nous faire comprendre qu'il venait à notre secours. Notre premier mouvement fut de nous jeter tous à genoux pour remercier l'être tout puissant qui avait daigné jeter un regard de pitié sur nous ! Ensuite, nous nous jetâmes au cou les uns des autres et, à nous embrasser de plaisir, nous versions tous des larmes bien douces, c'étaient des larmes de joie ! Le brick mit en panne et nous envoya sa chaloupe, qui nous emporta en trois voyages à son bord. De cent cinquante, nous ne restions plus que quinze."
Ce drame eut un très fort retentissement en France.
La tragédie de "La Méduse" devint le terrain des luttes qui opposèrent libéraux et royalistes, modérés et ultras. Le régime fut accusé davoir privilégié les cadres de l'Ancien Régime aux dépens de tout souci de sécurité. Le Ministre de la Marine démissionna. Un procès eut lieu, le capitaine Duroy de Chaumarey fut condamné à trois ans de prison.
Deux officiers survivants, lingénieur-géographe Corréard et le chirurgien auxiliaire Savigny relatèrent toute lhistoire dans un livre publié fin 1817.
Le peintre Géricault les avait longuement interrogés.
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