La suite des 18 peintures ( 17 peintures sur papier format
50 X 65 cm. et 100 X 65 cm et 1 huile sur toile 195 x 130cm) de Alfredo Echazaretta, exposée par la galerie Marlborough à Santiago du Chili en 2004 est directement inspirée par le tableau de Géricault, daté de 1819 que l'on peut voir au musée du Louvre Le radeau de la Méduse .
Dans cette peinture monumentale (491 x 716 cm) et rigoureuse, Géricault relate et dénonce un fait historique : le naufrage de la Méduse qui s'est produit en 1816 . Il traite ses personnages avec le plus grand réalisme. Par ailleurs, le peintre annonçant ainsi le romantisme dramatise le sujet par l'emploi et le choix du clair-obscur, de couleurs sombres.
Tout se passe comme si Etchazarreta prenait le contre-pied du propos de Géricault.
Certes, il reproduit sa composition mais dans un plan légèrement rapproché qui casse sa géométrie. Le radeau n'a plus pour horizon d'espoir la terre, il est devenu une île, espace transitoire dans lequel l'homme, seul au monde se révèle dans sa condition première.
Chez Géricault les corps renvoient à la chair souffrante. Dans le langage plastique d'Echazarreta la nudité met à contrario ses personnages hors du temps, elle les ramène à l'Origine, dans "un temps d'avant l'histoire" , un espace de la pensée. Etchazarreta se déplace dans le vaste territoire du mythe où il peut dire sans brutalité, l'excès des passions chez l'homme, sa vitalité, la pérénnité de son espérance. Pour l'artiste l'homme oscille entre la tentation de la chute et le désir d'absolu.
L'île-radeau est au fil de ses différents tableaux, un lieu paradoxal où s'expriment les contraires : la finitude et l'infini.
Catherine Plassart
voir aussi : le récit du naufrage |