Au plus profond, au plus dense de l’œuvre de cet artiste, palpite la vibration d’une matière qui fait sens : huile, goudron, cendres, suie et pigments.

La peinture est pour lui le lieu d’une quête d’absolu , le paysage de l’indicible intérieur comme en témoignent les suites « peau d’homme »2000, « postura » 2001, « figure nomade » 2002, « nomolie » 2003, « entre terre et ciel » 2004, « les oubliés du monde » 2005.

Véritable écriture entre désir et anxiété, jubilation et poésie, une mutation s’opère d’un support à l’autre : puissance matiériste d’une toile ou d’un panneau à l’extrême raffinement des grands papiers (« élégie » 2003, « insoutenable légèreté » 2004, « mélancholia » 2005)

Cette peinture souvent métaphorique en prise directe avec ce qui fait la complexité du monde, divulgue une personnalité bouillonnante, tourmentée mais fortement structurée, liée à une technique parfaitement maîtrisée.
Certaines œuvres, véritables icônes de matière, incitent au recueillement (« portraits d’arbres » 2005, « tristitia » 2005).

« insoutenable légèreté » 2004
pigments, cendre et suie sur papier

152 x 138 cm

 

La lente remontée des images

"...Durant plus de 20 ans, mon engagement dans l'abstraction m'a permis de faire cohabiter la dimension physique et la dimension spirituelle de la peinture.

La répétition et l'exploitation d'un vocabulaire - le savoir-faire - m'ont toujours semblé être le grand danger  de la création.

Il y a quelques années, j'ai eu l'impression que je faisais des peintures qui n'étaient plus qu'objets et matériaux et je me suis demandé si ma peinture n'était pas définitivement verrouillée.

Le tableau était alors devenu un accroc dans le vide, sous le signe du recouvrement, pour ne pas dire de l'enterrement..."

"...J'ai ressenti le désir de transformer cet "indifférencié", de redéployer mon espace pictural, tout en conservant l'austérité, la gravité philosophique de l'abstraction, mais en l'ancrant différemment dans le réel : écouter autrement le battement interne du tableau..."

"...Représenter le corps, l'anatomie humaine a évidemment à voir avec l'anatomie de la peinture elle-même.

Cette représentation du corps naît du corps du tableau, de l'expérience d'un présent absolu.

Le corps traité comme matériau - forme viscérale du désir - a généré des images souvent insaisissables parce que ce sont des images d'ordre métaphysique qui trouvent leur place entre déconstruction et construction.

Toucher, être touché, bâtir une icône porteuse à la fois de sa présence et de son absence, à la fois masse et ombre, une intenable figure du danger.

Il s'agit d'une vision primitive qui servirait moins à exalter la beauté servilement que de traverser sans complaisance la part maudite qui sommeille en nous. Ceci ne va pas sans une dimension tragique. Gagner une intériorité nouvelle contient toujours une prise de risque..."

Mais il y a une inquiétude, celle que la peinture ne serait que discontinuité.

Extraits de notes d'atelier - 2001

Fabrice Rebeyrolle

"L'homme traversé"

"...Cette "renaissance" à laquelle Fabrice Rebeyrolle, nous convie n'est pas celle de l'homme triomphant de Léonard ou même celle, plus tendue, de l'homme qui marche de Giacometti. Elle s'opère dans la souffrance de l'enfantement (inter feces et urinas, selon Saint Augustin), dans la "matière", dans la perspective d'une mort programmée. Ainsi, en son sens originel, Ptôma, renvoie à la chute, au débris, à la ruine, au cadavre. Ces corps sombres à la dérive dans la soupe primitive des jus colorés et des fonds valent comme symptômes d'une conscience ayant renoncé aux certitudes romantiques. Le coloriste Rebeyrolle rompant avec le coloriste Delacroix...

...Ainsi, la peinture de Fabrice Rebeyrollene ne se réduit pas à l'affaire banale d'une illustration. Elle "rend visible" une parabole de désir, de vie, de mort et de création. Belle de ses matières-couleurs et grave comme la pensée du monde. Claude Frontisi

dans  "D'un signe à l'autre"

catalogue Galerie Déprez-Bellorget 1999